Comment rater ses publications sur les réseaux sociaux – Hors-série

Bon, j’allais faire un post pour me désoler, sur LinkedIn, d’avoir récolté… 0 like sur la publication de mon dernier épisode. C’est quand même une plateforme dédiée au travail, et précisément, j’y offre le mien, gratuitement. Et puis… j’ai un peu réfléchi. Ce n’est peut-être pas parce qu’une plateforme est dédiée au travail que le résultat d’un travail y est particulièrement bienvenu.

Bref, j’étais parti pour râler contre LinkedIn, son algorithme… et peut-être aussi contre les utilisateurs qui ne prennent pas le temps de mettre un like. Puis je me suis rendu compte que le phénomène n’était pas propre à LinkedIn.

Je me suis donc amusé à imaginer le prix qu’il faudrait accepter de payer pour obtenir un peu plus de visibilité sur chacune d’elles.

C’est caricatural. Mais pas que.

Voilà déjà les quatre premiers (ensuite, un petit mot, puis la traditionnelle analyse des images) :


LinkedIn : « Fais croire que tu es inspirant. »


Facebook : « Rends toi viral en jouant sur l’émotion »


Twitter/X : « Crée de l’engagement en étant transgressif et polarisant. »



Bluesky : « Montre que tu es irréprochable. »


Pourquoi ces épisodes ?

En réalité, le problème dépasse largement LinkedIn. Mon travail semble avoir de plus en plus de mal à capter un peu d’attention, comme il y a quelques années. Sur Facebook, par exemple, mes premières publications atteignaient régulièrement 400 ou 500 likes. Aujourd’hui, je suis presque satisfait quand j’en reçois 15. Les likes en eux-mêmes m’importent assez peu… mais leur diminution signifie aussi que mes publications sont beaucoup moins vues.

Les raisons sont probablement multiples. Les plateformes semblent favoriser les réactions immédiates, la fréquence de publication, les contenus qui retiennent l’utilisateur sur place, ou encore ceux qui sont rapidement likés et partagés. J’ai fini par publier directement mes images plutôt que de renvoyer vers mon site, parce que les liens externes semblaient être moins diffusés. Ce n’est pas miraculeux. Disons que c’est peut-être un peu moins pire.

Il y a aussi une part qui tient à ce que je produis. Mes épisodes demandent souvent quelques minutes de lecture, invitent davantage à réfléchir qu’à réagir, et ne donnent sans doute pas spontanément envie d’être partagés. Ce n’est pas exactement le type de contenu que les réseaux sociaux semblent mettre le plus en avant.

On me conseille régulièrement de me lancer sur Instagram, ou surtout de produire des vidéos pour TikTok. « Il faut s’adapter. » Peut-être. Mais produire pour une plateforme, ce serait finir par produire pour son algorithme. Et ça, je n’en ai pas envie. Je préfère continuer à créer ce qui m’intéresse, même si cela signifie toucher moins de monde, et, hélas, voir mes soutiens Tipeee s’éroder doucement faute de renouvellement.


Et justement, derrière ces caricatures se cache aussi une réalité : il est de plus en plus difficile, pour des créateurs indépendants proposant gratuitement leurs contenus, de les faire connaître, a fortiori lorsqu’ils ne correspondent pas aux formats aujourd’hui les plus mis en avant par les plateformes.

Si vous souhaitez m’aider à poursuivre ce travail, vous pouvez le faire sur Tipeee. Merci.


L’aviez-vous ? – le décryptage (ChatGPT 5-6 Sol)

Analyse en niveaux de lecture

Premier niveau : le gag

Le principe est immédiatement lisible.

Quelqu’un se plaint de n’avoir aucune réaction à sa publication. Au lieu de parler du contenu, les autres personnages l’assaillent de conseils absurdes… qui correspondent pourtant aux recettes supposées du réseau concerné.

Le ressort fonctionne bien parce que le lecteur reconnaît très vite plusieurs de ces codes.

La chute est également efficace. Le personnage refuse finalement de jouer ce jeu et préfère que les gens viennent directement consulter son travail.


Deuxième niveau : la caricature des algorithmes

Les personnages ne parlent quasiment jamais du contenu. Ils ne se demandent pas :

  • est-ce intéressant ?
  • est-ce juste ?
  • est-ce drôle ?
  • est-ce beau ?
  • est-ce utile ?

Ils ne parlent que de visibilité. Autrement dit, ils raisonnent comme des spécialistes du référencement plus que comme des lecteurs. Le lecteur comprend alors que l’objet réel de la satire n’est pas le réseau lui-même, mais l’optimisation permanente des contenus.


Troisième niveau : chaque réseau développe ses propres normes

C’est probablement l’aspect le plus intéressant de la série. Les quatre épisodes reposent exactement sur la même structure narrative.

Pourtant ils donnent quatre impressions complètement différentes.

LinkedIn : on vend une réussite personnelle.

Facebook : on cherche à provoquer des réactions émotionnelles.

X : on cherche le conflit, la phrase virale, le détournement.

Bluesky : on cherche la conformité morale au groupe.

Autrement dit, les utilisateurs ne changent pas seulement de vocabulaire. Ils changent de façon de penser. Cette idée est assez forte.


Quatrième niveau : les mécanismes d’imitation

Une autre chose apparaît en filigrane.

Les personnages donnent ces conseils avec un naturel absolu. Ils ne semblent pas cyniques. Ils pensent réellement aider. Cela illustre assez bien un phénomène social classique : les normes deviennent invisibles lorsqu’on les pratique tous.

Personne ne dit : « Je suis en train de reproduire les codes de cette plateforme. »

Ils disent : « C’est comme ça qu’il faut faire. »

Cette banalisation rend la caricature plus crédible.


Cinquième niveau : la récompense sociale

Les conseils proposés ne visent jamais la vérité. Ils visent :

  • davantage de réactions,
  • davantage de visibilité,
  • davantage de validation.

Le contenu devient secondaire. La récompense recherchée n’est plus la qualité mais la reconnaissance.

C’est probablement ce qui relie les quatre épisodes malgré leurs différences.


Sixième niveau : la plateforme comme environnement

Je pense que c’est finalement le véritable sujet. On entend souvent :

« Twitter est toxique. »
« LinkedIn est ridicule. »
« Facebook est rempli de boomers. »
« Bluesky est une bulle. »

Tes épisodes disent quelque chose de plus intéressant. Ils suggèrent plutôt : Les plateformes ne sont pas seulement composées d’utilisateurs différents. Elles sélectionnent progressivement certains comportements, jusqu’à les rendre normaux.

Autrement dit, elles créent un environnement où certains messages ont plus de chances d’être récompensés.

C’est une vision assez compatible avec des notions de psychologie sociale et d’économie de l’attention : les comportements qui obtiennent le plus de renforcement tendent à se diffuser, même sans coordination explicite.


Septième niveau : l’autocritique implicite

C’est un détail que j’aime beaucoup.

À la fin, ton personnage dit : « Les gens peuvent aussi faire l’effort d’aller consulter mon travail. »

C’est presque une profession de foi. Il refuse l’idée que tout créateur devrait adapter son travail aux exigences de l’algorithme. Mais tu ne présentes pas cette position comme gratuite.

Le lecteur vient justement de voir pourquoi cette adaptation peut devenir absurde.

La chute prend alors une autre dimension : ce n’est pas seulement un refus des « codes », c’est un refus de laisser les mécanismes de visibilité dicter la forme même de ce qu’on crée.


Les différences entre les quatre épisodes

Je trouve qu’ils ne sont pas équivalents.

LinkedIn est le plus universel. Même des personnes qui n’utilisent pas beaucoup le réseau reconnaîtront les poncifs (« sortir de sa zone de confort », « 5 leçons », « et vous, qu’en pensez-vous ? »). C’est probablement celui qui vieillira le mieux.

Facebook est plus générationnel. Il fonctionne beaucoup par références à une culture de plateforme (les chaînes de partage, Einstein, les appels à diffuser). Il fera davantage sourire les utilisateurs de longue date.

X est le plus mordant. Il ne critique pas seulement des codes d’écriture, mais une logique d’engagement où la visibilité est souvent obtenue par la conflictualité, la simplification et les détournements. C’est sans doute celui qui expose le plus aux réactions défensives, mais aussi celui qui porte le propos le plus cohérent sur l’économie de l’attention.

Bluesky est le plus délicat. Tu ne caricatures pas tant des mécanismes techniques qu’une culture communautaire. C’est aussi celui qui risque de susciter le plus de désaccords, parce que certains lecteurs ne reconnaîtront pas cette culture ou la jugeront injustement représentée. En contrepartie, c’est celui qui ouvre le plus la discussion sur les normes sociales d’un groupe.

Évidemment, toutes ces caricatures grossissent le trait. On trouve des contenus remarquables sur chacune de ces plateformes, comme on y trouve aussi le pire. Mais si ces caricatures nous font sourire, c’est sans doute parce qu’elles s’appuient sur quelque chose de réel : les environnements dans lesquels nous évoluons finissent par façonner, au moins en partie, notre manière de communiquer. Raison de plus pour rester attentifs… y compris à nos propres habitudes.

1 réponse

  1. Je me considère un peu comme une ovni sur les réseaux car je les utilise avant tout pour me tenir au courant, apprendre voir me remettre en question sur mon comportement en observant silencieusement celui des autres utilisateurs (sisi, c’est tout à fait possible ^^)
    Au final, je partage beaucoup les publications qui m’aident à réfléchir, alimentent ma soif de savoir et un peu celles qui me font rire.
    Ces partages sont un peu comme des marques de respect et de remerciements à l’égard des auteurs.
    La visibilité, le nombre de likes me passent au-dessus car j’ai bien conscience que ça n’impacte pas ma vie professionnelle ( la vie personnelle c’est autre chose… pour avoir été harcelée, je m’efforce de ne plus m’y impliquer émotionnellement)
    Alors j’essaie le plus possible de partager, commenter les messages de celles et ceux pour qui les réseaux sont essentiels pour la viabilité de leur activité…. Comme dirait l’autre, je fais ma part ☺️
    Bien amicalement et avec tout mon soutien,
    Alixia

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