Doute en Ronds, journée pédagogique à St Joseph du Havre

À Saint-Joseph du Havre, le 24 mars 2026, devant les près de 200 enseignants de l’institution, au cours d’une journée pédagogique exceptionnelle. C’était FORMIDABLE 🙂

Après quelques ateliers détente, ma conférence spectacle de 10h30 à 12h30, un (bon) repas à la cantine, puis une conférence sur l’esprit critique de Carine Ossard, les enseignants ont été répartis en autant de groupes qu’il y a de matières, et ont chacun passé une heure à échanger et travailler sur les biais cognitifs et blocages que pouvaient rencontrer leurs élèves et eux-mêmes dans certaines situations type. Chaque groupe a fait ensuite une restitution synthétique de leur discussion.

Enrichissant, chaleureux, concret… La journée a été PARFAITE ! Un immense merci pour cette invitation 🙂



Témoignage de Guillaume DEMEILLERS, directeur de l’Institution Saint Joseph

Il y a des rencontres qui marquent une journée pédagogique, et d’autres qui marquent durablement une communauté éducative. La venue de Romain Meunier et de son spectacle‑conférence Doute en Ronds appartient clairement à la seconde catégorie.

Romain n’est pas seulement un artiste, ni seulement un conférencier : c’est un passeur. Un passeur d’idées, de nuances, d’inquiétudes fécondes. Un homme dont le parcours professionnel, fait de choix courageux et profondément humains, résonne avec ce que l’école doit défendre aujourd’hui : la liberté intérieure, l’exigence intellectuelle, la responsabilité de penser par soi‑même.

Son intervention a été bien plus qu’une parenthèse culturelle ou qu’un moment stimulant. Elle a été une respiration, un espace offert à chacune et chacun d’entre nous pour ressentir – presque physiquement – que le doute n’est ni un renoncement ni un repli.
Le doute, tel que Romain nous l’a donné à voir et à vivre, est un mouvement.
Un souffle.
Un geste d’ouverture sur le réel, qui permet enfin à la pensée d’avancer.

Dans un monde saturé d’informations et de non‑informations, de certitudes fabriquées, de complotismes séduisants, de récits qui prétendent dire vrai au détriment de la science et du discernement, l’intervention de Romain a apporté ce que peu de discours théoriques parviennent à offrir : une expérience sensible de l’esprit critique.
Une manière de rappeler que penser, ce n’est pas s’opposer : c’est interroger.
Que douter, ce n’est pas se perdre : c’est chercher.
Et que cette quête, loin d’être réservée aux chercheurs ou aux philosophes, est à la portée de tous — jeunes comme adultes.

C’est précisément pour cela que l’École doit s’emparer du sujet sans attendre.
Former à l’esprit critique n’est plus une option : c’est une responsabilité civique, humaine, pédagogique.
Et des personnalités comme Romain Meunier nous y aident puissamment, parce qu’elles conjuguent profondeur, sensibilité, humour et accessibilité. Parce qu’elles donnent envie, tout simplement, de penser un peu mieux.

Au‑delà de son talent, nous avons tous été touchés par l’homme :
son authenticité, son écoute, son intelligence des situations, sa manière de mettre chacun en mouvement sans jamais imposer.
Ce sont ces qualités‑là, rares et précieuses, qui ont fait de sa présence un moment vraiment marquant de notre journée pédagogique dédiée à l’esprit critique.

Nous lui exprimons ici toute notre gratitude.

À Saint‑Jo, nous en sommes convaincus : penser change tout.
Et grâce à des intervenants comme Romain Meunier, penser change aussi ceux qui enseignent.

Guillaume DEMEILLERS
Chef d’établissement
Institution Saint Joseph du Havre
Collège et lycée à sections européenne, orientale et internationale


En résumé #181 : l’amer dénigre !


Le dénigrement est souvent gratuit.
Le travail un peu plus honnête, nuancé, dessiné et parfois drôle, lui, peut être soutenu sur Tipeee.
Je ne tire toujours pas de l’ensemble de mes activités un salaire décent (a.k.a. un SMIC), donc… MERCI !


L’aviez-vous ? – le traditionnel décryptage de ChatGPT (Et on passe maintenant à la version 5.4 !)

Il y a plusieurs niveaux intéressants, et la planche est plus subtile qu’un simple “arrêtez d’être méchants”.

Le niveau le plus explicite, c’est la thèse affichée d’emblée : l’esprit critique ne se confond pas avec une posture de démolition. Tu opposes clairement la critique à la simple charge. Autrement dit, critiquer, ce n’est pas seulement repérer ce qui cloche, c’est aussi être capable de voir ce qui mérite d’être sauvé, amélioré, ou reconnu. Là, la planche tape juste parce qu’elle vise une dérive réelle : l’idée que l’exigence intellectuelle consisterait surtout à “descendre” les autres.

Deuxième niveau : tu ne dis pas seulement qu’il faut être “gentil”, tu convoques quelque chose de bien plus précis, avec la charité et l’humilité épistémiques. C’est fort, parce que ça déplace la discussion du registre moral superficiel vers un registre intellectuel exigeant. La charité épistémique, c’est essayer de comprendre l’autre sous sa forme la plus recevable, pas sous sa version la plus caricaturale. Et l’humilité épistémique, c’est reconnaître qu’on peut soi-même mal comprendre, simplifier abusivement, ou rater quelque chose. Donc la planche ne dit pas : “soyons doux”. Elle dit plutôt : une critique honnête suppose une discipline intérieure rare.

Troisième niveau, très malin : la planche se met elle-même en difficulté. Le bandeau noir formule l’objection la plus évidente : “Bref, tu dénigres les dénigreurs !” C’est presque un piège logique ou rhétorique tendu à l’énoncé principal. Et la dernière réplique répond en refusant cette symétrie : non, le problème n’est pas “eux” en tant que personnes, mais le fait qu’ils ne produisent pas assez de constructif. Donc tu essayes de distinguer la critique d’une attitude de dénigrement de la critique d’une pratique discursive stérile. C’est là que la planche devient intéressante : elle n’annule pas la tension, elle l’assume.

Quatrième niveau : il y a une lecture presque autocritique du milieu sceptique/rationaliste. On sent derrière la planche une fatigue face à certaines manières de “faire de l’esprit critique” qui donnent surtout à voir de la supériorité, de l’ironie, de la mise à distance, parfois du règlement de comptes symbolique. Le dernier cartouche est très parlant : “J’adorerais pouvoir dire du bien de tout ce qu’ils font de constructif…” C’est une phrase qui sonne comme une frustration plus que comme une attaque. Elle suggère : je ne demande pas l’absence de critique, je demande du positif, de la construction, de la transmission.

Cinquième niveau : il y a peut-être aussi un petit jeu sur le plan affectif. “L’amer dénigre” évoque celui qui critique par ressentiment, par aigreur, par déception mal digérée. Donc le dénigrement n’est pas présenté comme une vertu de lucidité, mais comme une tonalité émotionnelle. En creux, tu rappelles que l’esprit critique peut être animé par autre chose : curiosité, honnêteté, souci de justesse, désir d’améliorer.

Sur le plan rhétorique, la planche fonctionne bien grâce à trois choses.

D’abord, elle commence par une négation très forte : “PAS”. Ça pose le cadre.

Ensuite, elle se complexifie avec des mots plus rares ou exigeants : “charité” et “humilité épistémiques”. Ça évite le simplisme.

Enfin, elle anticipe sa propre contradiction apparente. C’est sans doute ce qui lui donne sa profondeur : elle sait très bien ce qu’on va lui objecter, et elle l’intègre dans le dispositif.

Là où je trouve la planche particulièrement réussie, c’est qu’elle ne dit pas seulement : “le dénigrement c’est mal”. Elle dit en substance :

La critique digne de ce nom est difficile, car elle suppose de ne pas céder à la facilité psychologique et sociale de la démolition.

Il y a quand même une fragilité possible dans la réception : certains pourraient estimer que la dernière case ne lève pas complètement le paradoxe. Car dire “je ne les dénigre pas, je regrette qu’ils ne construisent rien” peut encore être entendu comme une forme raffinée de dénigrement. Mais ce n’est pas forcément un défaut : au contraire, ça laisse apparaître une vraie tension humaine et intellectuelle. La planche ne prétend pas résoudre magiquement le problème ; elle montre qu’il existe.

Ma lecture synthétique serait donc :

  • niveau 1 : l’esprit critique n’est pas la démolition
  • niveau 2 : une bonne critique demande charité et humilité
  • niveau 3 : la planche met en scène l’objection qu’elle s’expose à recevoir
  • niveau 4 : elle critique en creux certaines pratiques du milieu critique lui-même
  • niveau 5 : elle oppose une critique de ressentiment à une critique de construction

Ma synthèse la plus fine serait :

Cette planche ne défend pas une critique plus douce ; elle défend une critique plus juste.
Elle ne s’oppose pas à la vigueur ; elle s’oppose à la stérilité.
Et elle suggère que l’élégance intellectuelle consiste moins à savoir frapper qu’à savoir quoi sauver.