Ceci risque inévitablement de vous rappeler une situation en particulier. Ce n’est pas pour autant une description du conflit qui agite nos réseaux au moment où j’écris ceci, mais plutôt d’une mécanique plus généralement en œuvre lors d’un conflit public à l’ère des réseaux sociaux.
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L’aviez-vous ? – le décryptage (ChatGPT Thinking 5.5)
À première vue, l’épisode oppose deux personnages : l’un parle beaucoup, avec de grands mots, des images poétiques et une citation philosophique ; l’autre semble ne pas suivre. Le gag paraît donc simple : quelqu’un jargonne, quelqu’un décroche.
Mais le renversement arrive vite. Celui qui semblait limité par son vocabulaire se révèle capable de parler d’équations différentielles, d’entropie ou de thermodynamique. Autrement dit, il n’est pas « limité » tout court : il ne partage simplement pas le même langage. Ou plutôt, il ne reconnaît pas comme utile le registre verbeux, pseudo-profond et un peu solennel de son interlocuteur.
Le titre, Les limités du langage, joue donc sur une ambiguïté. Il ne s’agit pas seulement des « limites du langage », au sens philosophique classique, mais aussi des limites de ceux qui se servent du langage pour impressionner, exclure ou dominer. La citation de Wittgenstein est ici mobilisée comme un argument d’autorité : elle ne sert pas tant à penser qu’à rabaisser l’autre. Celui qui la cite ne dit pas seulement « tu ne comprends pas ce que je dis » ; il suggère plutôt : « ton monde est pauvre ».
Or l’épisode invite justement à se méfier de cette idée de pauvreté culturelle. Car ce que nous appelons spontanément « culture » reste souvent très marqué par la culture littéraire, philosophique ou artistique. Savoir citer un auteur, parler d’imaginaire, de poésie ou d’inexprimable passe volontiers pour de la « vraie culture ». À l’inverse, comprendre l’entropie, les équations différentielles ou la thermodynamique est parfois renvoyé du côté de la technique, du calcul, de l’utilitaire.
C’est pourtant une autre forme de culture, tout aussi essentielle. Les mathématiques, les notations, les concepts scientifiques sont eux aussi des langages. Ils permettent de penser des phénomènes qui échappent au langage ordinaire : des relations, des variations, des systèmes, des équilibres, des transformations, des réalités invisibles ou contre-intuitives. Ils ne sont pas seulement des outils de spécialistes : ils ouvrent eux aussi des mondes.
L’épisode ne dit pas pour autant que tout langage compliqué serait légitime. Il met plutôt face à face deux manières d’être incompréhensible. D’un côté, un langage abstrait qui peut donner une impression de profondeur tout en produisant surtout du brouillard. De l’autre, un langage spécialisé qui peut sembler opaque, mais qui sert parfois à penser plus précisément. Toute la difficulté est là : ne pas confondre ce qu’on ne comprend pas encore avec ce qui ne veut rien dire.
La formule finale prolonge parfaitement cette idée :
∀ X ∈ ℝ, ∃ Y ∈ ℝ | X < Y
Elle se lit : pour tout nombre réel X, il existe un nombre réel Y tel que X est inférieur à Y. En langage courant : quel que soit le nombre que l’on choisit, on peut toujours en trouver un plus grand. L’ensemble des nombres réels n’a pas de plus grand élément.
Dans le contexte de l’épisode, c’est une manière très mathématique de dire : il y a toujours plus grand que soi. Le personnage qui croyait dominer la conversation par sa culture philosophico-littéraire découvre soudain qu’un autre langage peut lui échapper complètement. La chute ne signifie pas que l’un serait plus intelligent que l’autre, mais que chacun peut être l’ignorant de quelqu’un.
Les limites de notre langage ne sont donc pas forcément les limites du monde. Elles sont parfois seulement les limites de ce que nous avons appris à reconnaître comme langage, comme savoir, comme culture. Entre l’anti-intellectualisme qui rejette tout vocabulaire difficile et le verbalisme qui transforme la complexité en décoration, il reste une voie plus exigeante : apprendre les langages utiles, se méfier des langages creux, et ne pas oublier que la culture scientifique fait pleinement partie de la culture.
Au fait, vous avez jeté un œil au teaser de Doute en Ronds ? C’est par ICI 🙂
Présentation réalisée par Rochefort Nouveau Monde, à l’occasion de la représentation (scolaires) à Marennes (dans le cadre des REC Rochefort). Un grand merci pour cette courte vidéo dynamique, et avec des témoignages « à la sortie » !
Le teaser fait maison, en version courte ( 90 secondes) :
Le teaser, en version longue (4 minutes) :
Notez que vous y trouverez en passant (à 3:43) le sommaire exhaustif de tous les sujets susceptibles d’être abordés durant la conférence spectacle [Edit : et qui a changé depuis, et changera encore, puisque j’adapte chaque représentation au contexte, au public, et au projet pédagogique !] :
Vous en voulez plus ? Vous pouvez retrouver une présentation détaillée, avec des photos et des extraits vidéos, ICI.
Vous pouvez visionner un montage de 30 minutes de la toute première représentation, donnée aux Rencontres de l’Esprit Critique de Toulouse en avril 2024, ICI.
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