Comment rater ses publications sur les réseaux sociaux – Hors-série

Bon, j’allais faire un post pour me désoler, sur LinkedIn, d’avoir récolté… 0 like sur la publication de mon dernier épisode. C’est quand même une plateforme dédiée au travail, et précisément, j’y offre le mien, gratuitement. Et puis… j’ai un peu réfléchi. Ce n’est peut-être pas parce qu’une plateforme est dédiée au travail que le résultat d’un travail y est particulièrement bienvenu.

Bref, j’étais parti pour râler contre LinkedIn, son algorithme… et peut-être aussi contre les utilisateurs qui ne prennent pas le temps de mettre un like. Puis je me suis rendu compte que le phénomène n’était pas propre à LinkedIn.

Je me suis donc amusé à imaginer le prix qu’il faudrait accepter de payer pour obtenir un peu plus de visibilité sur chacune d’elles.

C’est caricatural. Mais pas que.

Voilà déjà les quatre premiers (ensuite, un petit mot, puis la traditionnelle analyse des images) :


LinkedIn : « Fais croire que tu es inspirant. »


Facebook : « Rends toi viral en jouant sur l’émotion »


Twitter/X : « Crée de l’engagement en étant transgressif et polarisant. »



Bluesky : « Montre que tu es irréprochable. »


Pourquoi ces épisodes ?

En réalité, le problème dépasse largement LinkedIn. Mon travail semble avoir de plus en plus de mal à capter un peu d’attention, comme il y a quelques années. Sur Facebook, par exemple, mes premières publications atteignaient régulièrement 400 ou 500 likes. Aujourd’hui, je suis presque satisfait quand j’en reçois 15. Les likes en eux-mêmes m’importent assez peu… mais leur diminution signifie aussi que mes publications sont beaucoup moins vues.

Les raisons sont probablement multiples. Les plateformes semblent favoriser les réactions immédiates, la fréquence de publication, les contenus qui retiennent l’utilisateur sur place, ou encore ceux qui sont rapidement likés et partagés. J’ai fini par publier directement mes images plutôt que de renvoyer vers mon site, parce que les liens externes semblaient être moins diffusés. Ce n’est pas miraculeux. Disons que c’est peut-être un peu moins pire.

Il y a aussi une part qui tient à ce que je produis. Mes épisodes demandent souvent quelques minutes de lecture, invitent davantage à réfléchir qu’à réagir, et ne donnent sans doute pas spontanément envie d’être partagés. Ce n’est pas exactement le type de contenu que les réseaux sociaux semblent mettre le plus en avant.

On me conseille régulièrement de me lancer sur Instagram, ou surtout de produire des vidéos pour TikTok. « Il faut s’adapter. » Peut-être. Mais produire pour une plateforme, ce serait finir par produire pour son algorithme. Et ça, je n’en ai pas envie. Je préfère continuer à créer ce qui m’intéresse, même si cela signifie toucher moins de monde, et, hélas, voir mes soutiens Tipeee s’éroder doucement faute de renouvellement.


Et justement, derrière ces caricatures se cache aussi une réalité : il est de plus en plus difficile, pour des créateurs indépendants proposant gratuitement leurs contenus, de les faire connaître, a fortiori lorsqu’ils ne correspondent pas aux formats aujourd’hui les plus mis en avant par les plateformes.

Si vous souhaitez m’aider à poursuivre ce travail, vous pouvez le faire sur Tipeee. Merci.


L’aviez-vous ? – le décryptage (ChatGPT 5-6 Sol)

Analyse en niveaux de lecture

Premier niveau : le gag

Le principe est immédiatement lisible.

Quelqu’un se plaint de n’avoir aucune réaction à sa publication. Au lieu de parler du contenu, les autres personnages l’assaillent de conseils absurdes… qui correspondent pourtant aux recettes supposées du réseau concerné.

Le ressort fonctionne bien parce que le lecteur reconnaît très vite plusieurs de ces codes.

La chute est également efficace. Le personnage refuse finalement de jouer ce jeu et préfère que les gens viennent directement consulter son travail.


Deuxième niveau : la caricature des algorithmes

Les personnages ne parlent quasiment jamais du contenu. Ils ne se demandent pas :

  • est-ce intéressant ?
  • est-ce juste ?
  • est-ce drôle ?
  • est-ce beau ?
  • est-ce utile ?

Ils ne parlent que de visibilité. Autrement dit, ils raisonnent comme des spécialistes du référencement plus que comme des lecteurs. Le lecteur comprend alors que l’objet réel de la satire n’est pas le réseau lui-même, mais l’optimisation permanente des contenus.


Troisième niveau : chaque réseau développe ses propres normes

C’est probablement l’aspect le plus intéressant de la série. Les quatre épisodes reposent exactement sur la même structure narrative.

Pourtant ils donnent quatre impressions complètement différentes.

LinkedIn : on vend une réussite personnelle.

Facebook : on cherche à provoquer des réactions émotionnelles.

X : on cherche le conflit, la phrase virale, le détournement.

Bluesky : on cherche la conformité morale au groupe.

Autrement dit, les utilisateurs ne changent pas seulement de vocabulaire. Ils changent de façon de penser. Cette idée est assez forte.


Quatrième niveau : les mécanismes d’imitation

Une autre chose apparaît en filigrane.

Les personnages donnent ces conseils avec un naturel absolu. Ils ne semblent pas cyniques. Ils pensent réellement aider. Cela illustre assez bien un phénomène social classique : les normes deviennent invisibles lorsqu’on les pratique tous.

Personne ne dit : « Je suis en train de reproduire les codes de cette plateforme. »

Ils disent : « C’est comme ça qu’il faut faire. »

Cette banalisation rend la caricature plus crédible.


Cinquième niveau : la récompense sociale

Les conseils proposés ne visent jamais la vérité. Ils visent :

  • davantage de réactions,
  • davantage de visibilité,
  • davantage de validation.

Le contenu devient secondaire. La récompense recherchée n’est plus la qualité mais la reconnaissance.

C’est probablement ce qui relie les quatre épisodes malgré leurs différences.


Sixième niveau : la plateforme comme environnement

Je pense que c’est finalement le véritable sujet. On entend souvent :

« Twitter est toxique. »
« LinkedIn est ridicule. »
« Facebook est rempli de boomers. »
« Bluesky est une bulle. »

Tes épisodes disent quelque chose de plus intéressant. Ils suggèrent plutôt : Les plateformes ne sont pas seulement composées d’utilisateurs différents. Elles sélectionnent progressivement certains comportements, jusqu’à les rendre normaux.

Autrement dit, elles créent un environnement où certains messages ont plus de chances d’être récompensés.

C’est une vision assez compatible avec des notions de psychologie sociale et d’économie de l’attention : les comportements qui obtiennent le plus de renforcement tendent à se diffuser, même sans coordination explicite.


Septième niveau : l’autocritique implicite

C’est un détail que j’aime beaucoup.

À la fin, ton personnage dit : « Les gens peuvent aussi faire l’effort d’aller consulter mon travail. »

C’est presque une profession de foi. Il refuse l’idée que tout créateur devrait adapter son travail aux exigences de l’algorithme. Mais tu ne présentes pas cette position comme gratuite.

Le lecteur vient justement de voir pourquoi cette adaptation peut devenir absurde.

La chute prend alors une autre dimension : ce n’est pas seulement un refus des « codes », c’est un refus de laisser les mécanismes de visibilité dicter la forme même de ce qu’on crée.


Les différences entre les quatre épisodes

Je trouve qu’ils ne sont pas équivalents.

LinkedIn est le plus universel. Même des personnes qui n’utilisent pas beaucoup le réseau reconnaîtront les poncifs (« sortir de sa zone de confort », « 5 leçons », « et vous, qu’en pensez-vous ? »). C’est probablement celui qui vieillira le mieux.

Facebook est plus générationnel. Il fonctionne beaucoup par références à une culture de plateforme (les chaînes de partage, Einstein, les appels à diffuser). Il fera davantage sourire les utilisateurs de longue date.

X est le plus mordant. Il ne critique pas seulement des codes d’écriture, mais une logique d’engagement où la visibilité est souvent obtenue par la conflictualité, la simplification et les détournements. C’est sans doute celui qui expose le plus aux réactions défensives, mais aussi celui qui porte le propos le plus cohérent sur l’économie de l’attention.

Bluesky est le plus délicat. Tu ne caricatures pas tant des mécanismes techniques qu’une culture communautaire. C’est aussi celui qui risque de susciter le plus de désaccords, parce que certains lecteurs ne reconnaîtront pas cette culture ou la jugeront injustement représentée. En contrepartie, c’est celui qui ouvre le plus la discussion sur les normes sociales d’un groupe.

Évidemment, toutes ces caricatures grossissent le trait. On trouve des contenus remarquables sur chacune de ces plateformes, comme on y trouve aussi le pire. Mais si ces caricatures nous font sourire, c’est sans doute parce qu’elles s’appuient sur quelque chose de réel : les environnements dans lesquels nous évoluons finissent par façonner, au moins en partie, notre manière de communiquer. Raison de plus pour rester attentifs… y compris à nos propres habitudes.

En résumé #189 : La solution dans notre prochain numéro


La solution dans notre prochain numéro ? Pour que les prochains numéros continuent d’exister, la solution est déjà connue : un petit détour par Tipeee. EBBH reste gratuit et sans pub, mais les soutiens historiques réguliers s’érodent peu à peu (et c’est bien compréhensible que les priorités changent).
Un tip, même ponctuel ou modeste, m’aide très concrètement à poursuivre ce travail.
Sans compter l’effet sur le sentiment d’utilité et la motivation.


L’aviez-vous ? – le décryptage (ChatGPT 5-6 Sol)

Analyse en 9 niveaux de lecture

1. La scène littérale : une visite d’exposition

Deux personnages se trouvent entre deux totems, sous un panneau annonçant :

L’Art du débat — Exposition

Ils paraissent commenter les œuvres. Le premier se plaint de ceux qui refusent de reconnaître qu’il a raison ; le second affirme que son propre totem est le plus beau. Une troisième voix constate la médiocrité de l’échange, avant de conclure par une insulte.

À ce premier niveau, le gag repose sur le contraste entre le titre prestigieux de l’exposition et l’extrême pauvreté de ce qui tient lieu de débat.

2. Un débat où personne ne s’adresse à personne

Les deux personnages se tournent le dos. Ce détail rend visible ce que leurs paroles indiquent déjà : ils ne discutent pas réellement.

Le premier ne dit pas : « Je ne comprends pas ton raisonnement. »

Il dit : « Je comprends pas qu’ils comprennent pas que j’ai raison ! »

Le pluriel est significatif : son interlocuteur disparaît derrière un groupe abstrait, « eux ». Il ne s’adresse probablement même pas à la personne qui lui tourne le dos ; il parle de l’autre camp à son propre camp, ou simplement à lui-même.

Le second ne répond pas davantage à ce qui vient d’être dit. Il contemple son propre symbole et proclame sa supériorité. Il n’y a donc pas échange, mais juxtaposition de deux discours autocentrés.

3. Le totem comme croyance devenue identité

Le mot « totem » n’est pas seulement une plaisanterie visuelle. Il désigne ici ce autour de quoi une personne organise son appartenance et son identité.

Le personnage de droite ne justifie pas la beauté de son totem par une comparaison ou par des critères. Il est « clairement » le plus beau parce qu’il est le sien. Le raisonnement est circulaire :

c’est mon camp, donc c’est le meilleur ; s’il est le meilleur, c’est bien que j’ai raison d’en être.

Celui de gauche paraît plus rationnel puisqu’il parle d’« avoir raison ». Pourtant, il procède de la même manière : sa propre conclusion constitue pour lui le point de départ incontestable. Les arguments ne devraient pas permettre de déterminer qui a raison, mais seulement aider les autres à enfin s’en apercevoir.

Les deux répliques présentent donc deux formes voisines de fermeture :

Ma position est vraie puisque c’est la mienne.
Mon totem est le meilleur puisque c’est le mien.

4. Deux adversaires qui ne forment qu’un seul mécanisme

La fusion des personnages enrichit fortement l’image.

Ils semblent opposés : chacun regarde dans une direction différente et appartient à un univers coloré distinct. Pourtant, ils constituent matériellement une seule forme symétrique.

L’opposition affichée masque ainsi une profonde similarité. Tous deux :

  • ignorent l’autre ;
  • se pensent supérieurs ;
  • évaluent le monde depuis leur propre position ;
  • confondent conviction et démonstration.

Ils sont moins deux adversaires que les deux faces d’une même incapacité à débattre.

La fusion suggère également que les camps opposés se nourrissent mutuellement. Chacun a besoin de l’autre comme repoussoir pour consolider sa propre identité. Ils s’affrontent symboliquement, mais appartiennent au même dispositif polémique.

5. Les personnages sont-ils visiteurs ou œuvres exposées ?

C’est l’une des principales ambiguïtés introduites par le panneau.

Au premier regard, les deux personnages semblent visiter l’exposition et commenter les totems. Mais leur position centrale, leur symétrie et leur fusion les font progressivement ressembler à une troisième œuvre.

Les totems verticaux occupent les côtés ; au centre se trouve une installation vivante représentant le débat contemporain : deux individus inséparables, mais incapables de se regarder.

Le panneau « L’Art du débat » peut ainsi désigner :

  • les objets exposés ;
  • la scène qui se déroule devant eux ;
  • ou l’ensemble du dispositif, personnages compris.

Le lecteur devient lui-même visiteur de l’exposition. Il contemple les personnages comme ceux-ci contemplent leurs totems.

6. Le double sens de « L’Art du débat »

Le titre interne joue sur deux sens du mot art :

  • l’art comme savoir-faire : maîtriser l’art de débattre ;
  • l’art comme production présentée dans une exposition.

L’ironie tient au fait que la scène montre précisément l’absence de tout art du débat. Les personnages ne pratiquent ni écoute, ni réponse, ni argumentation. Ce qui est exposé n’est donc pas un modèle, mais une caricature.

On peut même comprendre le titre comme celui d’une exposition anthropologique consacrée aux étranges rituels par lesquels les humains prétendent échanger tout en protégeant leurs certitudes.

7. La troisième voix n’est pas au-dessus de la mêlée

La chute évite que l’épisode se contente d’opposer deux imbéciles à un observateur raisonnable :

« Ouais, super constructif. BRAVO, bande de cons ! »

Le diagnostic est correct : l’échange n’est pas constructif. Mais la manière de le formuler reproduit aussitôt le problème dénoncé.

La troisième voix :

  • ne cherche pas davantage à comprendre ;
  • généralise ;
  • méprise les protagonistes ;
  • ajoute une nouvelle agression au dispositif.

Elle se croit extérieure à l’exposition, mais pourrait parfaitement en constituer la troisième pièce.

Sa bulle venant du bas, hors champ, permet plusieurs identifications : narrateur, visiteur, commentateur sur les réseaux sociaux… voire lecteur agacé. L’image piège ainsi celui qui se féliciterait trop vite d’être plus lucide que les deux personnages.

8. « La solution dans notre prochain numéro »

Le titre général de l’épisode ajoute une couche méta particulièrement efficace.

La formule évoque le feuilleton, le magazine qui entretient l’attente ou la promesse médiatique d’une réponse prochaine. Mais ici, la solution est reportée parce que la scène ne contient aucune condition permettant de la produire.

Personne :

  • n’écoute ;
  • ne reformule ;
  • ne doute ;
  • ne cherche un critère commun ;
  • ne distingue son identité de ses idées.

La « solution » ne peut donc être que dans un prochain numéro — puis probablement dans le suivant. Le titre suggère un cycle sans fin où l’on remet constamment en scène les mêmes oppositions tout en promettant qu’elles finiront par déboucher sur quelque chose.

Il dialogue aussi avec le nom de la série, C’est comme ça, auquel l’épisode oppose implicitement une question : est-ce réellement une fatalité, ou simplement une habitude que chacun contribue à entretenir ?

9. La polarisation inscrite dans le décor

Les deux camps ne sont pas seulement séparés par leurs discours. Toute la scène est divisée :

  • rose à gauche ;
  • bleu à droite ;
  • bulle rose contre bulle bleue ;
  • totem chaud contre totem froid.

Mais les couleurs se rejoignent au centre, là où les personnages sont soudés. Visuellement, cela confirme que la séparation des camps est spectaculaire, tandis que leur fonctionnement psychologique demeure identique.

Les grands totems sont partiellement hors cadre, comme s’ils débordaient l’épisode. Cela leur donne une dimension collective et historique : les personnages ne les ont probablement pas construits seuls. Ils héritent de structures symboliques déjà présentes, plus grandes qu’eux, auxquelles ils s’adossent.

Lecture d’ensemble

L’épisode ne dit pas seulement : Les gens ne savent pas débattre.

Il montre plutôt un système dans lequel :

  • chacun transforme ses convictions en identité ;
  • chacun regarde son propre camp plutôt que son interlocuteur ;
  • les adversaires apparents reproduisent le même comportement ;
  • le commentateur qui les méprise participe à son tour à la stérilité générale ;
  • et la société continue pourtant de présenter cette mise en scène comme du « débat ».

La fusion centrale transforme finalement les deux protagonistes en une véritable installation conceptuelle sur la polarisation : deux êtres qui se définissent l’un contre l’autre, ne peuvent se regarder, mais ne forment pourtant qu’un seul et même mécanisme.

Astro-logique (épisode #123)


Les mauvais arguments sont gratuits.
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L’aviez-vous ? – le décryptage (GPT‑5.6 Sol)

Analyse en 8 niveaux de lecture

1. La mauvaise journée annoncée… et peut-être fabriquée

À première vue, l’épisode met en scène une personne convaincue par son horoscope qu’elle va passer une mauvaise journée. Cette croyance colore aussitôt son interprétation de ce qui lui arrive : la remarque de son interlocuteur devient une contrariété supplémentaire, donc une confirmation de la prédiction.

L’horoscope peut ainsi sembler « juste » sans avoir prévu quoi que ce soit. Il suffit que la personne aborde sa journée avec une attente négative, réagisse plus vivement aux désagréments et remarque davantage tout ce qui correspond à l’annonce. La prédiction contribue alors à produire ou, au minimum, à faire percevoir ce qu’elle annonçait : une forme de prophétie autoréalisatrice, renforcée par le biais de confirmation.

2. L’astrologue qui critique les horoscopes

Le premier retournement survient lorsque le personnage qui dénonce les horoscopes de magazines se révèle lui-même astrologue.

La contradiction n’est pourtant qu’apparente. Un astrologue peut parfaitement considérer que les horoscopes généralistes publiés dans la presse sont superficiels, simplistes ou écrits au hasard. Lui donner raison sur ce point ne revient pas à valider l’astrologie dans son ensemble.

L’épisode distingue donc plusieurs propositions que l’on pourrait être tenté de confondre :

  • les horoscopes de magazines sont peu crédibles ;
  • ils représentent fidèlement tout ce que prétend être l’astrologie ;
  • l’astrologie est une discipline valide.

La première proposition peut être vraie sans que les deux autres le soient.

3. Avoir raison pour de mauvaises raisons

Le véritable sujet de l’épisode n’est donc pas seulement l’astrologie, mais la qualité des arguments employés pour la critiquer.

On peut parvenir à une conclusion juste avec un raisonnement insuffisant. L’astrologie peut être infondée sans que n’importe quelle objection portée contre elle devienne automatiquement pertinente. Ridiculiser les horoscopes de magazines ne constitue pas, à lui seul, une réfutation de toutes les formes d’astrologie.

Inversement, une personne qui défend globalement une croyance injustifiée peut formuler ponctuellement une remarque correcte. Dire qu’un astrologue a raison sur un point précis ne signifie pas lui donner raison sur tout le reste.

C’est ce que résume la réplique :

« Parce qu’IL A RAISON. »

La valeur d’un argument ne dépend pas de l’étiquette de celui qui le formule.

4. Refuser l’homme de paille

L’épisode invite aussi à éviter l’argument de l’homme de paille : présenter une version simplifiée ou caricaturale d’une position afin de pouvoir la réfuter facilement.

Les horoscopes de magazines constituent une cible commode. Ils sont vagues, très généraux et souvent manifestement interchangeables. Mais un astrologue sérieux — du moins à ses propres yeux — invoquera un thème astral complet, la date et l’heure précises de naissance, les maisons, les aspects entre planètes et de nombreux autres éléments.

Cela ne rend pas sa pratique scientifiquement fondée. Mais, pour la critiquer correctement, il faut examiner ce qu’elle prétend réellement faire, plutôt que de se contenter de sa version la plus grossière.

Une critique solide ne consiste pas seulement à parvenir à la bonne conclusion : elle doit représenter honnêtement ce qu’elle prétend réfuter.

5. Le niveau méta : pourquoi faudrait-il que « notre camp » ait toujours le beau rôle ?

La seconde partie quitte le dialogue initial pour mettre en scène sa contestation. Un personnage s’indigne moins du contenu de l’argument que de la personne à laquelle l’histoire donne raison :

« Pourquoi ça donne raison À UN ASTROLOGUE ? »

Cette réaction révèle une attente fréquente : dans un récit pédagogique, les personnes associées au « bon camp » devraient prononcer les vérités, tandis que celles du « mauvais camp » devraient accumuler les erreurs.

L’épisode refuse cette distribution confortable des rôles. Le scepticisme n’est pas une fidélité à un groupe, mais une fidélité à une méthode. Il suppose donc de reconnaître un argument juste, même lorsqu’il vient d’un adversaire, et de rejeter un mauvais argument, même lorsqu’il soutient une conclusion que l’on partage.

Autrement dit, il ne suffit pas d’avoir choisi le camp de la raison pour raisonner correctement.

6. L’analogie avec la médecine

La comparaison avec la médecine porte sur la structure de la critique, non sur la valeur respective des deux domaines.

Prétendre réfuter toute l’astrologie à partir des seuls horoscopes de magazines revient à juger un ensemble à partir d’une manifestation périphérique, populaire ou caricaturale. De la même manière, les remèdes de grand-mère ne suffiraient pas à représenter ni à réfuter l’ensemble de la médecine.

L’analogie ne place donc pas astrologie et médecine sur un pied d’égalité. La médecine moderne repose sur des méthodes d’évaluation, des essais, des connaissances cumulatives et des possibilités de correction qui distinguent profondément les deux pratiques.

Ce qui est comparé ici, ce sont deux raisonnements réducteurs :

prendre une version simplifiée d’un domaine pour le domaine tout entier.

7. Le cataplasme : quand le sceptique retombe dans l’anecdote

Le personnage qui exigeait que l’astrologue ait tort invoque ensuite sa propre expérience :

« Les cataplasmes de feuilles de chou ont très bien marché sur mes douleurs articulaires… »

Il reproduit alors exactement le type de raisonnement qu’un sceptique devrait examiner avec prudence : le traitement a été suivi d’une amélioration, donc il aurait causé cette amélioration.

Mais une succession temporelle n’établit pas un lien causal. La douleur aurait pu diminuer spontanément, fluctuer naturellement, être influencée par d’autres facteurs ou simplement régresser vers son niveau habituel.

La réponse sur Vénus rétrograde propose volontairement une autre explication tout aussi arbitraire. Si l’on accepte le cataplasme comme cause uniquement parce qu’il a précédé l’amélioration, rien n’empêche d’attribuer celle-ci à la position de Vénus, à la météo ou à n’importe quel événement survenu au même moment.

La chute illustre ainsi le sophisme post hoc ergo propter hoc : après cela, donc à cause de cela.

8. Une mise en abyme du scepticisme

L’épisode retourne finalement le scepticisme contre celui qui croit déjà l’incarner.

Le premier personnage se trompe peut-être en croyant son horoscope. Le second a raison de critiquer les horoscopes, mais cela ne valide pas sa discipline. Le commentateur sceptique, quant à lui, refuse d’abord qu’un astrologue puisse avoir raison, puis défend un remède à partir de sa seule expérience personnelle.

Chacun possède donc une part de lucidité et un angle mort.

L’épisode ne distribue pas les rôles entre croyants irrationnels et sceptiques impeccables. Il montre plutôt que la vigilance critique doit s’appliquer en permanence, y compris à nos propres raisonnements et aux arguments qui confortent nos convictions.

En résumé

Cet épisode ne défend pas l’astrologie. Il défend une manière rigoureuse de la critiquer.

Son idée centrale pourrait se résumer ainsi :

Une conclusion juste ne transforme pas un mauvais argument en bon argument, et une affirmation vraie ne devient pas fausse parce qu’elle est prononcée par un astrologue.

Le scepticisme ne consiste pas à faire perdre systématiquement le camp adverse. Il consiste à examiner chaque affirmation et chaque raisonnement pour ce qu’ils valent.

En résumé #188 : Promo sur les voyages coquins à Cuba !


Cet épisode m’a été inspiré par la lecture d’un magnifique ouvrage sur la science (son fonctionnement, ses méthodes, sa nature…), coécrit par l’ami Florian Cova (en passant, vous le retrouverez dans le second tome d’Un sceptique bien entouré, qui va paraître à l’automne. Il y traitera de la recherche de sens.).

L’ouvrage est d’une richesse et d’une clarté rares (je ne serais pas surpris qu’il m’inspire d’autres épisodes). Il traite notamment de l’organisation sociale de la science et consacre un chapitre à Robert Merton, qui décrivait certaines de ses normes sociales fondamentales comme des « impératifs institutionnels » constitutifs de son ethos. Ce chapitre m’a fourni le point de départ de cet épisode, que j’ai ensuite élargi à d’autres exigences du fonctionnement scientifique (analyse de l’épisode ci-après).

Je vous en recommanderais bien la lecture immédiate, qui, je n’ai pas peur de le dire, a largement enrichi ma compréhension de la science. Malheureusement, il n’est pas encore paru, et seules quelques personnes privilégiées ont eu l’honneur de pouvoir le lire.

Nananère.



La mise en commun des connaissances, c’est très bien. La mise en commun de quelques euros aussi !
Si cet épisode vous a plu, vous pouvez soutenir la création des suivants sur Tipeee, ponctuellement ou chaque mois.
En ce moment, c’est un peu le désert : pas un seul nouveau tip depuis des mois…

À ce rythme, je ne suis pas près de me payer des vacances à Cuba.



L’aviez-vous ? – le décryptage (ChatGPT Thinking 5.5)

Analyse en (8) niveaux — Promo sur les voyages coquins à Cuba !

1. Le gag immédiat : trois mots qui semblent parler de tout sauf de science

À la question :

« Quelles sont les trois choses les plus importantes pour toi ? »

le personnage de gauche répond :

« Le communisme, la publicité et la reproduction. »

Dans leur sens courant, ces trois mots composent un portrait pour le moins inattendu :

  • communisme évoque une conviction politique ;
  • publicité évoque le commerce ou la communication ;
  • reproduction évoque la sexualité ou la procréation.

La réaction du personnage de droite paraît donc parfaitement naturelle :

« Et moi qui pensais que tu allais ENCORE me parler de science… »

Le lecteur adopte spontanément la même interprétation que lui. Le gag repose d’abord sur cette apparente sortie de route : pour une fois, le personnage de gauche semblerait avoir d’autres centres d’intérêt que la science.


2. Le retournement : il ne parlait que de science

La réplique en capitales inverse brutalement la situation :

« DE QUOI TU CROIS QUE JE TE PARLE ? »

Le personnage de droite, qui croyait avoir compris des mots très ordinaires, découvre qu’il leur attribuait le mauvais cadre d’interprétation.

L’humour repose donc sur une polysémie à retardement : les mots restent identiques, mais leur sens change complètement dès qu’on comprend qu’ils appartiennent ici au vocabulaire de l’épistémologie et du fonctionnement social de la science.

Le lecteur n’assiste pas seulement à un malentendu : il en est lui-même victime.


3. Le premier niveau de vulgarisation : trois principes du fonctionnement scientifique

La note explique que les trois termes ne sont pas arbitraires. Ils correspondent à trois dimensions essentielles de l’activité scientifique.

Le communisme, au sens de Robert Merton — ou communalisme — désigne la mise en commun des connaissances. Les résultats scientifiques ne sont pas censés devenir la propriété intellectuelle privée et inaccessible de celui qui les produit : ils doivent entrer dans un patrimoine collectif de connaissances.

La publicité désigne le fait de rendre publics les résultats, mais aussi, autant que possible, les données et les méthodes qui ont permis de les obtenir. Une affirmation ne peut être véritablement soumise à la critique collective si personne ne sait précisément comment elle a été construite.

La reproduction, enfin, consiste à retrouver les résultats d’une étude en utilisant les mêmes données et les mêmes méthodes d’analyse. La note la distingue de la réplication, qui consiste à mener une nouvelle étude dans des conditions comparables.

L’épisode présente donc, sous trois mots volontairement trompeurs, une petite architecture du savoir scientifique :

mettre en commun, rendre public, permettre la vérification.


4. Le niveau épistémologique : la science est aussi une organisation sociale

L’introduction renforce particulièrement ce niveau en rattachant l’épisode aux travaux de Robert Merton sur les normes sociales de la science, conçues comme des « impératifs institutionnels » constitutifs de son ethos.

La planche ne présente donc pas la science comme une simple méthode que pourrait appliquer correctement un individu isolé. Sa fiabilité dépend également d’un système collectif dans lequel les connaissances circulent, sont rendues inspectables et peuvent être reprises ou contestées par d’autres.

Une étude n’est pas fiable uniquement parce que son auteur serait compétent, honnête ou méthodique. Elle s’inscrit dans une organisation qui doit permettre à la communauté scientifique de :

  • connaître ce qui a été fait ;
  • examiner les raisonnements et les méthodes ;
  • reprendre les analyses ;
  • confronter les conclusions à de nouvelles observations ;
  • corriger les erreurs éventuelles.

L’épisode illustre ainsi une conception de la science comme activité collective, publique et corrective.

Il rappelle aussi que ces normes décrivent en partie un idéal institutionnel. Elles peuvent être imparfaitement respectées : données non accessibles, méthodes insuffisamment décrites, secrets industriels, résultats non publiés, obstacles matériels à la réplication… La science ne se définit pas par une conformité parfaite à cet idéal, mais celui-ci contribue à expliquer comment elle cherche à organiser sa propre fiabilité.


5. Le niveau métalinguistique : comprendre les mots ne suffit pas à comprendre la phrase

Le lecteur connaît déjà les mots communisme, publicité et reproduction. C’est précisément ce qui le piège.

La planche montre qu’un mot familier peut prendre un sens technique très différent selon le contexte. La compréhension ne consiste donc pas simplement à additionner la définition la plus courante de chaque terme : elle suppose d’identifier le domaine dans lequel ils sont employés.

La dernière phrase de la note ajoute une nuance importante :

« Ces mots ne sont pas toujours employés dans le même sens ! »

Même dans le vocabulaire scientifique, les définitions ne sont pas toujours parfaitement stabilisées. Selon les disciplines, les auteurs ou les institutions, reproduction et réplication peuvent notamment être utilisées différemment.

L’épisode évite ainsi de transformer une distinction utile en vérité lexicale absolue. Les mots sont des outils conventionnels : leur sens dépend de l’usage, et la prudence impose parfois de vérifier ce que l’auteur entend précisément par eux.


6. La note de bas de page devient une partie de l’action

La longue note n’est pas seulement un appendice pédagogique placé sous le gag. Elle est intégrée à la narration.

Quand le personnage de gauche reproche à celui de droite de ne pas l’avoir lue, ce dernier répond :

« Attends, je ne suis pas encore arrivé en bas ! »

Son déplacement est matérialisé par plusieurs silhouettes successives. Il descend littéralement vers le bas de la page, exactement comme le regard du lecteur doit descendre jusqu’à la note.

La mise en page produit ainsi une petite mise en abyme :

  • le personnage cherche la note ;
  • le lecteur cherche la note ;
  • la lecture verticale devient un déplacement physique dans l’espace de la planche.

Cette intégration transforme une contrainte de vulgarisation — la nécessité d’ajouter une explication assez dense — en ressort comique. La note ne suspend pas complètement le gag : elle en constitue la destination.


7. Le titre racoleur : tromper sans nécessairement mentir

Le bandeau annonce :

« Promo sur les voyages coquins à Cuba ! »

Il ressemble à un titre volontairement putaclic, combinant :

  • une offre commerciale ;
  • une destination exotique et politiquement chargée ;
  • une promesse sexuelle.

Or il reformule clandestinement les trois notions de l’épisode :

  • Promo renvoie à la publicité ;
  • Cuba au communisme ;
  • coquins à la reproduction.

Le titre semble donc n’avoir aucun rapport avec l’épisode, alors qu’il en annonce très exactement le contenu — mais en exploitant délibérément les mauvais sens des mots.

Il constitue ainsi une petite critique des titres trompeurs. Un titre n’a pas besoin d’être factuellement faux pour induire le lecteur en erreur. Il peut être littéralement défendable tout en sélectionnant les mots, les connotations ou les ambiguïtés qui produiront une représentation mensongère du contenu réel.

C’est un mécanisme fréquent dans les titres racoleurs : le texte ne dit pas nécessairement quelque chose de faux, mais il pousse intentionnellement le lecteur à comprendre autre chose.

La planche en fait une démonstration pratique. Le lecteur est attiré par une promesse de voyages coquins à Cuba, découvre un épisode d’épistémologie, puis constate rétrospectivement que le titre parlait bien de communisme, de publicité et de reproduction.

Il était donc exact dans les mots, trompeur dans l’interprétation qu’il provoquait.


8. Le paratexte met lui-même en pratique le propos

L’introduction ajoutée autour de l’épisode apporte encore un petit niveau méta.

En précisant que l’idée vient de la lecture d’un ouvrage coécrit par Florian Cova, elle ne se contente pas de raconter l’origine de la planche : elle met en pratique une partie des normes évoquées.

L’auteur :

  • reconnaît la source intellectuelle de son inspiration ;
  • fait circuler une connaissance issue d’un autre travail ;
  • recommande publiquement l’ouvrage ;
  • distingue ce qu’il a lu de ce qu’il en a ensuite tiré pour son propre épisode.

Autrement dit, le commentaire accompagne une planche consacrée à la mise en commun des connaissances en mettant lui-même en commun son origine.

Le « Nananère » final introduit cependant un délicieux paradoxe : l’ouvrage est recommandé au public alors que celui-ci ne peut pas encore le lire. La publicité de la connaissance est célébrée par quelqu’un qui bénéficie momentanément d’un accès privilégié.

Cela évite que l’introduction ne devienne trop académique et conserve le ton général d’EBBH : un contenu sérieux, assumé comme tel, mais immédiatement désamorcé par une chute enfantine.


Synthèse

L’épisode part d’un triple contresens lexical pour présenter trois dimensions du fonctionnement scientifique : la mise en commun des connaissances, leur publicité et la possibilité de vérifier les résultats. Il élargit ainsi la représentation de la science, qui n’est pas seulement une méthode individuelle, mais une institution sociale organisée autour de normes de circulation, de critique et de correction.

La forme rejoue constamment le fond : le lecteur est trompé par les mots, le titre imite les procédés racoleurs qu’il dénonce, la note de bas de page devient une destination physique et l’introduction crédite publiquement la source intellectuelle de l’épisode.

En une phrase :

Une planche sur les normes sociales de la science qui montre, par le dialogue, le titre et la mise en page, que des mots parfaitement exacts peuvent néanmoins nous conduire à une interprétation complètement fausse.