
Note : image réalisée en 2017, peu de temps avant la création de la page EBBH.
Juillet 2026 : ajout de l’analyse par ChatGPT 5.5 thinking (qui a raison dans ses critiques : j’aurais au moins dû intégrer la gravité à la notion de risque, dans la définition de la colonne de gauche)
Impression générale
C’est déjà très EBBH dans l’intention, mais pas encore dans la forme.
On y trouve presque tout ce qui deviendra ta ligne éditoriale : partir d’une confusion intuitive, la démonter avec une distinction conceptuelle, utiliser des figures très simplifiées, puis terminer par une conclusion critique visant aussi bien le public que les décideurs. En revanche, graphiquement, on est encore dans l’infographie pédagogique très chargée, bien avant l’épure narrative des rondshommes.
Les niveaux de lecture
1. Le niveau pédagogique immédiat
L’image cherche d’abord à faire comprendre une distinction fondamentale :
- le danger est la capacité de causer un dommage ;
- le risque dépend de la possibilité réelle d’être exposé à ce danger.
Le dispositif est assez intelligemment construit. La forme beige inconnue représente une « substance » totalement abstraite : on ne sait ni ce qu’elle est, ni à quoi elle sert. Cela force à raisonner sur les notions elles-mêmes plutôt que sur nos préjugés envers un produit particulier.
Le titre « Faut-il interdire [cette chose] ? » est déjà une petite expérience mentale : la question paraît absurde puisqu’on ne sait rien de l’objet. Or c’est précisément le propos. On ne peut pas décider rationnellement d’une interdiction à partir du seul constat qu’une chose possède un danger.
2. Le niveau argumentatif
L’image ne se contente pas d’expliquer deux définitions. Elle défend une thèse :
« Dangereux » ne signifie pas automatiquement « à interdire ».
Le parcours central raconte une sorte de mini-procédure réglementaire :
- on identifie un danger ;
- on étudie les modes d’exposition ;
- certains usages apparaissent acceptables ;
- d’autres nécessitent des protections ;
- le risque final peut donc être faible ou maîtrisé.
C’est une réfutation de ce qu’on pourrait appeler le raisonnement par étiquette :
La substance est dangereuse, donc elle est inacceptable.
L’image répond :
Elle est dangereuse dans certaines conditions, mais la décision dépend de la dose, de l’exposition, de la voie d’exposition et des mesures de protection.
On voit déjà ta manière habituelle de procéder : ne pas nier le fait inquiétant, mais contester la conclusion simpliste qu’on en tire.
3. Le niveau politique
Le bas de l’image élargit le propos : la confusion serait fréquente « y compris chez les décideurs politiques ».
La cible n’est donc pas seulement l’ignorance scientifique ordinaire. C’est aussi une certaine politique symbolique consistant à montrer qu’on agit contre « le danger », sans véritablement évaluer le risque réel ni les conséquences de l’interdiction.
La balance finale traduit cette opposition :
- d’un côté, l’émotion suscitée par le mot danger et par le pictogramme inflammable ;
- de l’autre, une évaluation plus globale des avantages, des dommages et des solutions de maîtrise.
Il y a déjà une critique implicite du principe de précaution transformé en réflexe d’évitement absolu : dès qu’un danger existe, il faudrait supprimer sa source. Or supprimer un danger peut aussi supprimer un bénéfice, déplacer le risque ou conduire à une solution de remplacement moins favorable.
4. Le niveau épistémique
Au fond, l’image parle moins des substances que de notre manière de juger.
Le danger est une propriété facile à isoler, à nommer et à illustrer : feu, tête de mort, triangle rouge. Le risque est plus abstrait, car il oblige à examiner des conditions, des probabilités et des scénarios.
Autrement dit :
Le danger produit une image. Le risque exige un raisonnement.
La composition le montre presque involontairement. La partie « danger » aboutit rapidement à une tête de mort spectaculaire, tandis que la partie « risque » nécessite plusieurs personnages, plusieurs voies d’exposition, des protections et différents résultats.
C’est une bonne représentation du déséquilibre cognitif : une information effrayante est simple et mémorable ; sa contextualisation est longue et moins frappante.
Ce qui annonce déjà EBBH
Plusieurs éléments semblent rétrospectivement très fondateurs.
Le recours aux formes anonymes
La « substance » beige n’a pas encore l’apparence d’un rondhomme, mais elle appartient déjà au même langage : forme simple, légèrement organique, presque enfantine, immédiatement reconnaissable et privée de détails inutiles.
Les personnages violets sont également réduits à leur fonction. Ils ne représentent pas des individus mais des situations : ingestion, contact, exposition fœtale. Tu es déjà dans une forme de pictogramme narratif.
La vulgarisation par mise en scène
Tu ne donnes pas seulement deux définitions côte à côte. Tu fais circuler le lecteur dans une histoire :
objet → étude → danger → exposition → maîtrise → décision.
C’est exactement ce que feront ensuite beaucoup d’épisodes EBBH : donner une dynamique visuelle à une notion théorique.
La méfiance envers les mots qui déclenchent une conclusion
Le mot « dangereux » devient ici une sorte de piège rhétorique. Il est vrai, mais peut être utilisé de manière trompeuse si le lecteur lui fait dire davantage qu’il ne signifie.
Cela annonce directement tes thèmes ultérieurs : titres trompeurs, chiffres vrais mais mal interprétés, causalités abusives, experts sortis de leur domaine, conclusions dépassant les preuves disponibles.
Ce qui n’est pas encore EBBH
La principale différence est la densité.
Il y a beaucoup de cadres, de flèches, de polices, d’ombres, de pictogrammes, de variations de taille et de changements de registre visuel. L’œil comprend globalement la progression, mais il doit travailler pour reconstruire la hiérarchie.
Le futur EBBH résoudra cela en passant :
- de l’affiche explicative à la scène dialoguée ;
- de l’accumulation d’informations à une idée par case ;
- du texte professoral à une contradiction incarnée entre personnages ;
- des pictogrammes génériques à un univers graphique cohérent.
Ici, la conclusion est formulée directement par l’auteur. Plus tard, tu laisseras souvent un personnage commettre l’erreur et un autre la révéler, voire tu laisseras la chute accomplir le travail toute seule.
Quelques nuances scientifiques
Le fond est globalement juste, et l’infographie elle-même est parfois plus précise que les définitions résumées dans la colonne de gauche.La partie centrale distingue bien plusieurs voies d’exposition — ingestion, contact, exposition fœtale — et montre que le risque peut varier selon les conditions concrètes. Cette idée pourrait néanmoins apparaître directement dans la définition du risque, en mentionnant par exemple la voie, la dose, la durée ou la fréquence d’exposition.
De même, la gravité du préjudice est implicitement présente, mais la définition « probabilité de subir un préjudice » pourrait laisser penser que le risque ne dépend que de la probabilité. Une formulation plus complète serait par exemple :
Le risque dépend de la probabilité et de la gravité d’un préjudice, en fonction des conditions d’exposition au danger.
La phrase « Un danger auquel on n’est pas exposé ne présente aucun risque » est pédagogiquement très efficace. Elle doit simplement être comprise comme : en l’absence réelle d’exposition, y compris accidentelle ou indirecte. Elle constitue donc une simplification raisonnable plutôt qu’une erreur conceptuelle.
Enfin, la conclusion sur la balance bénéfice-risque est cohérente : connaître le seul danger ne permet pas de décider rationnellement si un produit ou un usage doit être conservé, encadré ou interdit. L’évaluation du risque fournit le versant négatif de cette balance ; lorsqu’un bénéfice existe, il devient alors possible de les mettre en regard. Lorsqu’il n’y a aucun bénéfice identifiable, il n’y a simplement rien à opposer au risque.
Ces réserves concernent donc surtout la précision des formulations condensées. La progression générale — danger, exposition, risque, maîtrise éventuelle, puis décision — reste solide.risque ne sont pas exactement la même opération. On peut évaluer le risque d’un polluant qui n’apporte aucun bénéfice. La balance intervient surtout au moment de décider si un usage, une activité ou un produit demeure justifié malgré un risque résiduel.
En résumé
Cette image contient déjà le noyau intellectuel d’EBBH :
prendre une affirmation exacte, montrer qu’elle ne suffit pas à justifier la conclusion qu’on en tire, puis réintroduire le contexte nécessaire à une décision rationnelle.
Ce qui manque encore, c’est essentiellement le dispositif artistique qui deviendra ta signature : moins d’explication frontale, davantage de narration, de silence, de personnages et d’humour.
On pourrait presque la qualifier de « planche zéro » d’EBBH : le projet intellectuel est déjà là ; il lui reste à trouver sa langue graphique.
