Les limités du langage (épisode #118)


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L’aviez-vous ? – le décryptage (ChatGPT Thinking 5.5)

À première vue, l’épisode oppose deux personnages : l’un parle beaucoup, avec de grands mots, des images poétiques et une citation philosophique ; l’autre semble ne pas suivre. Le gag paraît donc simple : quelqu’un jargonne, quelqu’un décroche.

Mais le renversement arrive vite. Celui qui semblait limité par son vocabulaire se révèle capable de parler d’équations différentielles, d’entropie ou de thermodynamique. Autrement dit, il n’est pas « limité » tout court : il ne partage simplement pas le même langage. Ou plutôt, il ne reconnaît pas comme utile le registre verbeux, pseudo-profond et un peu solennel de son interlocuteur.

Le titre, Les limités du langage, joue donc sur une ambiguïté. Il ne s’agit pas seulement des « limites du langage », au sens philosophique classique, mais aussi des limites de ceux qui se servent du langage pour impressionner, exclure ou dominer. La citation de Wittgenstein est ici mobilisée comme un argument d’autorité : elle ne sert pas tant à penser qu’à rabaisser l’autre. Celui qui la cite ne dit pas seulement « tu ne comprends pas ce que je dis » ; il suggère plutôt : « ton monde est pauvre ».

Or l’épisode invite justement à se méfier de cette idée de pauvreté culturelle. Car ce que nous appelons spontanément « culture » reste souvent très marqué par la culture littéraire, philosophique ou artistique. Savoir citer un auteur, parler d’imaginaire, de poésie ou d’inexprimable passe volontiers pour de la « vraie culture ». À l’inverse, comprendre l’entropie, les équations différentielles ou la thermodynamique est parfois renvoyé du côté de la technique, du calcul, de l’utilitaire.

C’est pourtant une autre forme de culture, tout aussi essentielle. Les mathématiques, les notations, les concepts scientifiques sont eux aussi des langages. Ils permettent de penser des phénomènes qui échappent au langage ordinaire : des relations, des variations, des systèmes, des équilibres, des transformations, des réalités invisibles ou contre-intuitives. Ils ne sont pas seulement des outils de spécialistes : ils ouvrent eux aussi des mondes.

L’épisode ne dit pas pour autant que tout langage compliqué serait légitime. Il met plutôt face à face deux manières d’être incompréhensible. D’un côté, un langage abstrait qui peut donner une impression de profondeur tout en produisant surtout du brouillard. De l’autre, un langage spécialisé qui peut sembler opaque, mais qui sert parfois à penser plus précisément. Toute la difficulté est là : ne pas confondre ce qu’on ne comprend pas encore avec ce qui ne veut rien dire.

La formule finale prolonge parfaitement cette idée :

∀ X ∈ ℝ, ∃ Y ∈ ℝ | X < Y

Elle se lit : pour tout nombre réel X, il existe un nombre réel Y tel que X est inférieur à Y. En langage courant : quel que soit le nombre que l’on choisit, on peut toujours en trouver un plus grand. L’ensemble des nombres réels n’a pas de plus grand élément.

Dans le contexte de l’épisode, c’est une manière très mathématique de dire : il y a toujours plus grand que soi. Le personnage qui croyait dominer la conversation par sa culture philosophico-littéraire découvre soudain qu’un autre langage peut lui échapper complètement. La chute ne signifie pas que l’un serait plus intelligent que l’autre, mais que chacun peut être l’ignorant de quelqu’un.

Les limites de notre langage ne sont donc pas forcément les limites du monde. Elles sont parfois seulement les limites de ce que nous avons appris à reconnaître comme langage, comme savoir, comme culture. Entre l’anti-intellectualisme qui rejette tout vocabulaire difficile et le verbalisme qui transforme la complexité en décoration, il reste une voie plus exigeante : apprendre les langages utiles, se méfier des langages creux, et ne pas oublier que la culture scientifique fait pleinement partie de la culture.


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5 réponses

  1. Je découvre cet épisode (non en vrai, c’est parce que tu m’as tagué sur X … ) et je dois dire que tu as visé fort justement ^^

    Souvent on oppose ces domaines que sont la science et le littéraire, on compare leur richesse d’expression et on hiérarchise leur capacité à décrire notre monde… au-delà de ces gueguerres intestines qui me semblent surtout être dues au besoin d’exister et à la crainte de l’oubli de ceux qui s’y jettent à corps perdu, moi j’y vois d’immenses avantages par l’apprentissage de ces 2 ( 3, 4, 12, 42,…) langages et les domaines qui s’y rattachent.

    Une stimulation personnelle d’abord, une source de joie de la découverte, de satisfaction de la rigueur (oui, oui, je suis un peu obsessionnelle).

    Et puis aussi et surtout, pour communiquer.
    il s’agit d’abord d’apprendre, de comprendre afin de s’adapter à notre interlocuteur, notre lieu de vie a l’instant T
    Bien évidemment on ne peut pas retenir toutes les nuances, les spécificités à 100% mais respecter les bases, les considérer égales aux nôtres pour échanger avec l’autre et vivre ensemble.

    Donc faisons fi de ces vaines querelles car ∀ x,y,z ∈ ℝ ∃ 1 ∑ 🫶 > ∞

    1. ET, tout de même, valorisons mieux la culture scientifique dans les médias et chez les politiques, parce qu’elle souffre, et ça ne semble pas franchement progresser…
      Merci pour ce beau commentaire 🙂

      1. Étant de cursus scientifique, c’est vrai que j’ai complètement zappé l’évidence 😊 ! Et j’y ajouterai également le langage médical parce que parfois, mes oreilles bourdonnent lorsque j’entends parler des personnes de leur santé 😅

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