En résumé #77 : Et quid de l’ambiguïté ?

Et pour répondre à la question posée en titre, l’ambiguïté est le meilleur (voire le seul, comme ici) moyen que je trouve parfois pour qu’une image incite à la réflexion… sans sembler vous dire ce que vous devez en penser.
(Il se peut aussi que je n’aie moi même aucune foutue position personnelle nette – ou digne d’intérêt – sur le sujet, notez)

Addendum (24/09/2020)

Cette image a provoqué quelques réactions inhabituellement désapprobatrices sur les réseaux sociaux. Le caractère ambigu de l’image (reconnu/revendiqué en intro, pour interroger au passage le statut de l’ambiguïté vis-à-vis de la « neutralité ») rendait cela prévisible : par définition, l’ambiguïté permet de projeter tout et son contraire. Rien d’étonnant donc à ce qu’on ait pu faire dire à cette image “ce qu’elle ne dit pas”. Ou ce qu’il n’était pas dans ses intentions de dire.

Les intentions ? Mais l’ambiguïté est aussi un excellent moyen de les dissimuler, Môssieur ! Certes. Le « procès d’intention » est donc ici une réaction compréhensible : « Quelles intentions cette ambiguïté veut-elle me cacher ? Elles doivent être douteuses, si on cherche à les camoufler ! »

Sauf que non, pas d’intention douteuse cryptée ici, parole. Ni ennemie, ni alliée, cette image était juste là pour soulever quelques questions et opposer deux personnages, avec leurs positions respectives. Or l’ambiguïté est à mon sens un très bon moyen de « donner à réfléchir » (Et à rire, aussi).

Mais si l’ambiguïté peut être utile (voire indispensable, socialement), elle est évidemment inconfortable, et facilement problématique. Dans le cas de cette image, je pense qu’elle est un peu tout ça à la fois. Et comme des ambiguïtés, ça peut aussi se lever, je vous propose pour une fois ma lecture de l’image.

TL;DR : Si tu as pensé « Ah, chouette/merde, une image qui défonce les gens qui font tomber des statues ! », cette N.A.Q. (Never Asked Questions. Ouais.) est pour toi !

N.A.Q.

Cette image dénigre-t-elle les mouvements qui ont fait l’actualité ces derniers mois (antiracistes, notamment) ?

Du tout. Mais il y a deux questions dans la question : l’image parle-t-elle de ces mouvements ? Et : l’image donne-t-elle « tort » à M. Gauche ?

  • 1. Que l’image fasse écho à l’actualité est logique, mais ce n’est pas spécifiquement de ces « statues » là dont il est question. On abat des statues depuis toujours parce que ce sont des symboles, et c’est ce qui est représenté ici : un personnage “iconoclaste” (“Comportement d’hostilité manifeste aux interdits, normes et croyances dominantes ou autres valeurs « intouchables »”) qui s’attaque à une pratique, œuvre, institution, idée, loi, tradition… (et, oui, possiblement, à la représentation d’un personnage historique). Bref, d’un élément ancré de la société dans laquelle on vit.
  • 2. On ignore de quelle statue il s’agit, on ne sait donc pas si M. Gauche a raison ou non de vouloir la mettre au sol. La légitimité de l’action n’est tout simplement pas le sujet de l’image.

Donc, tu te dégages de toute responsabilité quant au fait que le sujet même de l’image a pu être mal compris ?

Non, évidemment. Et avoir mis un bonhomme EBBH sur le socle était probablement une erreur. J’aurais dû mettre un « machin bizarre », plutôt qu’un personnage (et peut-être éviter le terme “idole”, qui visait à ne pas répéter “statue” ?). En réalité… je suis juste allé au plus rapide en prenant ce qui me permettait de « faire statue » facilement. Peut-être qu’avec une forme abstraite, il n’y aurait pas eu cette incompréhension. Ou peut-être que si… Bref, je vais réfléchir à une update de l’image en ce sens.

Et à ce format “En résumé”, aussi. J’ai peut-être pris un chouïa trop goût au plaisir de superposer des couches dans une seule image. S’il faut la relire 5 fois… C’est peut-être qu’il fallait 6 cases.

Concrètement, quelques exemples de statues qui pouvaient pour toi être représentées ici ?

Mmm. C’est vaste. Si “l’iconographie” de l’image peut suggérer que M. Gauche est progressiste, il peut en réalité tout aussi bien être réactionnaire. Des exemples d’icones par lesquelles ont pourrait remplacer la statue ? L’homéopathie, le droit à l’IVG, la langue française, la croissance économique, le bio, la laïcité, l’abolition de la peine de mort, les impôts, l’UE, les pesticides*, le mariage, Didier Raoult, le foot, les jours fériés religieux, la liberté d’expression, le pinard, l’obligation vaccinale, la consommation de viande, Michel Drucker, le droit du travail, le capitalisme, la prohibition du cannabis…
*de synthèse

Ok ok… Bref, cette statue, là, tu ne sais pas s’il a raison de la mettre à terre ?

Aucune idée. P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non.
Ou peut-être encore que « ça se discute ». Ou que si je savais de quelle statue il est question, je dirais que ne me sens pas assez qualifié pour en juger (Tiens, demandez-moi mon avis sur la statue de Louis IX au Sénat, pour voir. J’ai même pas vu les 8 premiers !).

Mouais… Allez. Tu es le personnage de droite, hein ? AVOUE !

Nope. Déjà, il commence par affirmer ne pas vouloir être mêlé à un épisode dans lequel il figure. Ça part très mal. Sa position est absurde. Ensuite, il assume fièrement de ne pas avoir porté assistance à une personne en danger. Donc non, clairement, non. A mes yeux, c’est plutôt un con.

Donc… Tu serais le personnage de gauche ???

Non plus, patate (C’est fou, ça. Pourquoi je devrais forcément être un des personnages ?).

Mais dans la seconde partie, quand l’enjeu de l’inaction assumée de M. Droite n’est plus la préservation du symbole mais celle de M. Gauche lui-même, celui-ci a raison : la non-assistance à personne en danger assumée n’est certainement pas une position « neutre » (Une perspective morale qui justifierait ainsi le fameux « Avec nous, ou contre nous ! », quand l’inaction cause – ou prolonge – une souffrance).

Mais pourquoi le personnage de droite fait-il remarquer que la statue est déjà en train de tomber ?

Parce que M. Gauche prétend qu’il n’y a que deux états possibles : tirer ou retenir. Statue au sol, ou statue debout. L’image suggère donc d’envisager « l’état des choses » comme un objet possiblement déjà en mouvement, pour esquiver ce dilemme. Dans cette perspective, ne pas intervenir n’est plus une position “favorable” à la statue. Et ce n’est pas plus une position favorable à sa chute : on peut souhaiter que la statue ne reste pas en place, mais pas qu’elle tombe. Ou pas si vite, par exemple.

Imaginez l’interdiction précipitée d’un pesticide, conduisant à l’utilisation alternative de substances plus problématiques, et/ou à une hausse des importations de produits issus de productions moins vertueuse. Faudrait-il SOIT soutenir une interdiction immédiate, SOIT être considéré comme « pro statu quo« , au prétexte que même si on est favorable à la « destination », on conteste vivement le « chemin » emprunté, ou le « rythme » choisi pour s’y rendre ?

Mais à la fin, tu te fous bien de la gueule de celui de gauche, non ? Et c‘est quand même bien lui qui se retrouve écrasé !

Yup. Parce que les deux ingrédients pour faire une bonne engueulade stérile sur le sujet, c’est 1. Quelqu’un qui intervient en prétendant que « son point de vue est neutre« , alors que ça n’a PAR DÉFINITION aucun p*tain de sens, et 2. Quelqu’un en face qui tient absolument à lui faire reconnaître que « La.Neutralité.N’existe.Pas« , comme si sa vie en dépendait. Je les renvoie donc dos à dos concernant l’inintérêt de ce débat (À suivre dans un prochain épistétou. SPOILER : si ce débat est si souvent stérile, c’est justement parce que le mot “neutralité” est… ambigu !)

Et pour la statue… Ben il fallait bien que quelqu’un se la prenne sur la tronche, et elle n’avait aucune raison de tomber à droite. Mais je vous rassure, il a survécu, et il est en pleine forme.

EBBH

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